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Un brin d’histoire

La foi chez les anabaptistes

Jean-Raymond Théorêt

Les premiers anabaptistes concevaient la foi comme un engagement personnel envers l’enseignement des Écritures, particulièrement envers l’enseignement de Jésus. Pour eux, les termes utilisés dans le Nouveau Testament pour décrire la foi comportaient toujours l’idée d’une décision, d’un engagement à prendre : que ce soit d’obéir à la bonne nouvelle (Rm 10,16), d’obéir à la foi (Rm 16,26), de recevoir la parole de Dieu (1 Th 2,13), de croire (Ép 1,13), de se repentir (Ac 3,19) ou de se convertir (Mt 18,3), etc.

Les réformateurs insistaient sur leur conviction spécifiant que la grâce de Dieu est offerte aux êtres humains qui la reçoivent par la foi seulement, comme Luther l’avait découvert par l’étude de l’épître aux Romains. En parfait accord avec ce principe, les anabaptistes insistaient cependant sur le fait que la foi ne comporte pas seulement une dimension passive, mais aussi une dimension active, c’est-à-dire qu’elle doit se manifester par l’obéissance et par la transformation de la vie. Il leur était inconcevable qu’une personne se déclare chrétienne sans produire une vie nouvelle façonnée par les enseignements du Christ. Pour eux, le christianisme ne consistait pas à croire à un ensemble de doctrines, mais plutôt à vivre une vie d’obéissance en réponse à la grâce et à l’amour de Dieu.

Les anabaptistes résumaient leur compréhension de la réponse que les êtres humains devaient donner à la grâce de Dieu en utilisant l’expression Nachfolge Christi. Ce concept signifie que le disciple de Jésus est appelé à reproduire la vie de son maître dans sa propre vie. En ce sens, il est un « imitateur » de Jésus-Christ (1 Co 11,1) ou encore, il doit « suivre les traces » de Jésus (1 P 2,21). Ils voyaient donc une relation étroite entre la foi et l’éthique. L’appel à la foi était un appel à suivre Christ, car un véritable croyant ne pouvait rester indifférent aux exigences morales de Jésus-Christ. Cette manière d’exprimer la foi était prise très au sérieux dans les milieux anabaptistes. Même leurs adversaires étaient forcés de reconnaître la qualité de leur vie. Le théologien catholique Franz Agricola, qui considérait les anabaptistes comme des hérétiques et qui était un de leurs farouches opposants, écrivait en 1582 :

    « Parmi les sectes hérétiques existantes, il n’y en a aucune qui en apparence mène une vie plus modeste et pieuse que la secte des anabaptistes. Ils sont irréprochables en ce qui concerne leur vie publique. Ni mensonge, ni tromperie, ni jurons, ni luttes, ni langage rude, ni gloutonnerie et ivrognerie, ni déploiement de faste personnel ne se trouve parmi eux, mais l’humilité, la patience, la droiture, la netteté, l’honnêteté, la tempérance, la franchise, dans une telle mesure que l’on pourrait supposer qu’ils ont le Saint-Esprit de Dieu ».

Les réformateurs considéraient cet accent mis sur l’éthique comme un rejet du salut par la foi. Luther insistait beaucoup sur la priorité de la doctrine sur la vie de disciple. Il pensait que l’enseignement des anabaptistes était un retour à une forme de salut par les œuvres. Pourtant, les anabaptistes croyaient que cet engagement à vivre selon l’enseignement de Jésus-Christ était loin d’être une négation du salut par la foi, mais qu’il était la seule réponse possible qu’un être humain puisse donner à la grâce de Dieu.

Dans cette perspective, les anabaptistes voyaient le baptême comme « l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu » (1 P 3,21). Sur cette base, ils ont remplacé le baptême des enfants par le baptême des adultes tel qu’on le pratiquait à l’époque du Nouveau Testament. À leur avis, les enfants ne pouvaient être baptisés étant donné qu’ils n’étaient pas en mesure de comprendre les implications d’une foi qui se manifeste par un engagement volontaire à suivre Christ.

Cette insistance à incarner leur foi d’une manière pratique les a conduits à développer une éthique de l’amour qui s’est manifestée par le rejet des actes de guerre, des luttes et de la violence. Cette éthique de l’amour comme expression de la foi s’est aussi exprimée par une insistance sur les soins à apporter à ceux qui souffrent. Partout où ils se sont établis, les anabaptistes ont développé une diversité d’œuvres humanitaires cherchant à soulager la souffrance humaine et ce, en dépit des persécutions dont ils étaient eux-mêmes victimes.

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ID: 102:665
Écrit sur : Dec 1, 2002
Mise à jour le : Aug 10, 2005

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